Le bloc 4N14 de Mitsubishi, un 4 cylindres en ligne de 2268 cm³ développant 150 ch à 3500 tr/min, est une rareté dans le paysage diesel européen : un moteur japonais, fabriqué au Japon, sans aucune filiation avec les blocs PSA qui équipaient la concurrence à la même époque. Ce n'est pas un détail anodin. Quand les autres montaient des 2.2L HDi d'origine française, Mitsubishi proposait son propre bloc, avec sa technologie MIVEC de calage variable des soupapes. Le résultat ? Un moteur capable de dépasser les 300 000 km entre les mains d'un propriétaire rigoureux.
Présentation technique du moteur Mitsubishi 2.2 DiD 150cv
Le code interne 4N14 désigne donc ce diesel DOHC à calage variable, logé dans un bloc aluminium. Il exprime un couple de 380 Nm disponible dès 1750 tr/min, ce qui lui confère cette souplesse caractéristique que les conducteurs apprécient au quotidien. Reprendre à moins de 1500 tr/min sans à-coups ? Aucun problème. C'est onctueux, disponible, et l'on ne se sent jamais à court de ressources, même chargé à plein ou sur autoroute.
L'Outlander équipé de ce moteur pointe à 200 km/h et abat le 0 à 100 km/h en 9,6 secondes. La consommation mixte annoncée tourne autour de 5,4 L/100km en conditions optimales, mais la réalité d'un parcours représentatif donne plutôt 7,3 L/100km. En ville avec la transmission intégrale, comptez 9,6 L/100km ; sur route ouverte, la jauge descend à 7,4 L/100km. Rouler à 130 km/h stabilisé préserve à la fois la mécanique et le portefeuille.
Ce moteur équipe principalement l'Outlander de 2e génération (2007-2012), puis ponctuellement l'ASX avant que ce dernier ne lui préfère le 1.8 DiD plus économe. La 3e génération d'Outlander (2012-2018) adopte un 2.3L 4N14 évolutif, porté ensuite à 177 ch. La version 2009 de l'Outlander 2.2 DiD délivre précisément 156 ch à 4000 tr/min avec 380 Nm à 2000 tr/min en boîte manuelle 6 vitesses.
Quels sont les problèmes de fiabilité connus sur le 2.2 DiD 150cv ?
Soyons directs : ce moteur a un talon d'Achille, et il s'appelle encrassement. Le FAP et la vanne EGR accumulent les dépôts de carbone lors d'une utilisation urbaine prolongée. Résultat : les cycles de régénération n'arrivent jamais à terme, le turbo à ailettes VNT accumule du carbone, et la dégradation s'enclenche. Une vanne EGR encrassée se trahit par des fumées noires à l'échappement. Le nettoyage coûte entre 80 et 150 euros ; le remplacement complet monte de 250 à 800 euros.
Le deuxième risque majeur concerne la dilution de l'huile par le gasoil. Lors d'une régénération du FAP interrompue (moteur coupé en plein processus), l'excédent de carburant injecté pour élever la température redescend dans le carter. Si le niveau d'huile dépasse le repère "X" au-dessus du Max sur la jauge, une vidange immédiate s'impose, sans discussion possible.
Voici les défaillances recensées sur ce moteur, classées par fréquence :
- Encrassement FAP/EGR : le problème le plus fréquent, quasi systématique en usage urbain
- Dilution d'huile par le gasoil : lié aux régénérations interrompues
- Défaillance de l'arbre d'équilibrage : apparaît parfois dès 100 000 km, réparation entre 3500 et 6000 euros
- Fuite du joint spy de vilebrequin : côté boîte, peut provoquer un patinage en 5e et 6e vitesse après 100 000 km
- Codes P0087/P0093 sur la pompe haute pression : indique une défaillance de cette dernière
Un propriétaire de forum 4x4 a signalé une facture de 5000 euros pour une défaillance d'arbre d'équilibrage à 110 000 km. C'est rare, mais pas anecdotique. Les premiers modèles avant 2013 présentaient quelques fragilités sur les injecteurs et les joints de culasse, sans caractère systémique pour autant.
Comment entretenir correctement son Mitsubishi 2.2 DiD 150cv ?
L'entretien, c'est ce qui sépare un moteur à 150 000 km d'un moteur à 300 000 km. Le constructeur autorise des intervalles de vidange plus longs, mais la pratique conseille de ne jamais dépasser 12 000 km entre deux vidanges, idéalement tous les 10 000 km. L'huile choisie doit impérativement répondre à la norme ACEA C2/C3, en 0W30 ou 5W30 de synthèse. La fluidité à froid protège le turbo dès les premières secondes de fonctionnement.
Le tableau ci-dessous résume le calendrier d'entretien recommandé :
| Opération | Intervalle | Coût estimé |
|---|---|---|
| Vidange huile moteur | 10 000 à 12 000 km | inclus révision 150-258 € |
| Filtre à air | 30 000 km | inclus révision |
| Filtre à gasoil | 30 000 km | inclus révision |
| Liquide de refroidissement | tous les 4 ans | inclus révision |
| Nettoyage vanne EGR | selon usage | 80 à 150 € |
| Contrôle chaîne de distribution | 150 000 km | inclus révision |
La chaîne de distribution est un atout majeur : contrairement à une courroie à remplacer périodiquement, elle est conçue pour tenir toute la vie du moteur. Un simple contrôle de tension lors des grosses révisions suffit. Pour décalaminer le bloc naturellement, 20 minutes à 3000 tr/min sur autoroute de temps en temps suffisent. Ce moteur a besoin de respirer ; les petits trajets urbains répétés sont un poison pour lui.
Le 2.2 DiD 150cv face à la concurrence et en occasion en 2026
Franchement, pour un gros rouleur dépassant 20 000 km par an, ce bloc reste l'un des meilleurs choix diesel du marché de l'occasion. Sa note de fiabilité est estimée à 7/10, identique au 1.9 TDI de VW et inférieure au 8/10 du 2.0 dCi Renault. Mais les coûts de révision penchent clairement en faveur de Mitsubishi : comptez 150 à 250 euros contre 180 à 300 euros chez Renault et 200 à 350 euros chez VW.
Deux témoignages illustrent bien la dualité de ce moteur. Un propriétaire sur 5 ans et 130 000 km décrit l'Outlander comme un mangeur de kilomètres extrêmement confortable, avec un grand coffre (591 litres en 5 places, 1022 litres sièges rabattus) et de belles places aux jambes. Un autre, avec sa version 177 ch sur 7 ans et 110 000 km, ne formule aucun reproche : zéro panne, consommation inférieure à 7 L/100km à 120 km/h.
Avant tout achat, vérifiez systématiquement : le niveau d'huile sur la jauge (un niveau trop haut trahit une dilution), la présence de fumées à l'accélération, la souplesse de la boîte INVECS-II si vous optez pour l'automatique, et l'historique des régénérations FAP via une valise de diagnostic. Un vendeur capable de produire des factures de vidanges régulières mérite confiance. Ce moteur accepte aussi les carburants synthétiques de type XTL comme le HVO100, ce qui ouvre des perspectives intéressantes pour réduire les émissions à long terme sans modifier la mécanique.